Il se levait à quatre heures. L'enfant reconnaissait le bruit du fourgon dans la cour, puis le silence revenu. Cet homme-là ne se racontait pas. Il labourait la terre des autres le dimanche, préparait son bois un an à l'avance et construisait de ses mains les vestiaires du village. La mer n'était qu'à douze kilomètres, mais il n'y est jamais parti en vacances.
Il y avait aussi des soirs où la voix montait, et des matins où personne n'en reparlait.
Entre les paysages de Longvilliers et les rives d'Étaples, l'auteur remonte le fil d'une transmission silencieuse. Le grand tilleul de la place, les hivers sur les collines, puis le départ à dix-neuf ans, un vélo posé contre le mur. Jusqu'à ce mois d'août 2002 où, depuis l'étranger, il apprend qu'il arrivera trop tard.
Souvenirs d'un père, refuges d'une vie, héritage pour mes filles.
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« Un adulte est un enfant qui ne sait plus rêver. »
Un pupitre acheté pour quelques euros dans une ressourcerie. Il suffit d'en soulever le couvercle pour qu'un père retrouve la salle de classe de Longvilliers, la cuisine de sa grand-mère Léandre, la basse-cour de son enfance et la mer de la Côte d'Opale, qui changeait d'humeur avec lui.
Puis viennent les départs, l'aventure jusqu'au bout du monde, un rêve atteint, un autre resté rêve, et deux petites filles endormies tête-bêche dans une couveuse.
Écrit pour ses filles, ce livre ne donne pas de leçons. Il offre des abris : les endroits où l'on retourne quand la vie se fait lourde, et qui ne coûtent rien, juste un regard reconnaissant posé sur le passé.
Comprendre simplement comment est né le christianisme.
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Moïse et ses tables de pierre, David et sa fronde, les prophètes, l'exil à Babylone, puis un homme de Galilée crucifié sous Ponce Pilate… Beaucoup d'entre nous ont appris ces histoires enfant, au catéchisme ou ailleurs. Mais dans quel ordre ? Qui vivait quand ? Et comment passe-t-on de l'Ancien au Nouveau Testament ?
Ce livre remet le fil en place. En dix chapitres courts, chacun guidé par une seule question, il suit deux mille ans d'histoire : d'Abraham quittant Ur jusqu'à la séparation entre juifs et chrétiens.
On y découvre pourquoi l'exil a tout changé, ce que Jésus avait de profondément juif, et pourquoi Paul a ouvert la porte au monde entier. Au fil des pages, des encadrés « Ce qu'on sait / Ce qu'on croit » distinguent ce qu'établissent les historiens de ce qu'affirme la foi, pour que chaque lecteur, croyant ou non, garde sa liberté. Une frise, deux cartes, un glossaire et une bibliographie complètent l'ensemble.
Aucune connaissance préalable n'est nécessaire. Juste l'envie de comprendre.
La vie de Marie en vingt récits et vingt chansons.
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Elle n'était qu'une jeune fille de Nazareth, parmi des milliers d'autres. Un jour, elle a dit : « Me voici ».
De la colline de Galilée au pied de la Croix, du matin de Pâques jusqu'aux sanctuaires de Lourdes et de Fatima, ce livre suit Marie pas à pas. Ses récits habitent avec pudeur les silences des Évangiles, l'atelier de Joseph, la boîte de copeaux, l'enfant perdu au Temple, la longue nuit du samedi. Puis viennent ceux qui la rencontrent aujourd'hui, une veuve qui ne sait plus prier, deux voisins brouillés qui portent la même statue, une infirmière de nuit.
Chaque chapitre se referme sur une chanson, écrite par l'auteur, qui lui répond.
Le cahier d'un citoyen. Servir une fois, servir vraiment.
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Le vote ne décide plus. Les territoires ne produisent plus. Les services publics ne protègent plus.
Ancien militaire, fonctionnaire, Walter Bridenne a vu de l'intérieur ce que devient un État qui oublie sa mission. De ce constat, il tire un plan : un mandat unique et révocable, un gouvernement engagé sur une feuille de mission, un Conseil constitutionnel tiré au sort, l'argent public contrôlé avant d'être dépensé, et une obligation inscrite dans la Constitution : que la Nation prenne soin de ses anciens et de ses malades, sans facture ni quête.
Chaque proposition est confrontée à ses failles.
Et si le président était un salaud ? Et si deux règles se contredisaient ? Comment y arriver sans tricher ?
Ni programme électoral, ni tribune partisane : simplement le cahier d'un citoyen qui refuse de rester spectateur.
Des mots et des mélodies, portés par Ewen et Sterenn
d'abord des mots sur un carnet, ensuite une mélodie…
J'écris les paroles et les mélodies de mes chansons. Elles prolongent les livres : la mer, la mémoire, la foi, les légendes.
En toute transparence
Les textes et les mélodies sont de moi. Les arrangements et les voix sont créés par intelligence artificielle : Ewen et Sterenn aujourd'hui, Solal et Zolia sur mes premiers titres.
Je ne sais pas chanter, et je ne suis pas musicien : j'ai appris juste assez de guitare pour trouver mes mélodies. L'IA me prête le reste, ce savoir qui me manque. Sans elle, ces chansons seraient restées dans mes carnets, faute d'avoir trouvé une oreille pour les écouter. Elle ne prend la place de personne ; elle donne une voix à ce qui n'en avait pas.
Sans compte Spotify connecté, le lecteur fait entendre un extrait de 30 secondes. Pour écouter en entier, utilisez les liens « Spotify → ».
Né en 1970, j'ai grandi sur la Côte d'Opale, entre Longvilliers et Étaples. Après une carrière militaire puis dans la fonction publique, je vis aujourd'hui à Ploumagoar, dans les Côtes-d'Armor.
J'écris des récits, des livres de vulgarisation et des chansons. Mon premier récit, paru sous pseudonyme, a été finaliste du Prix des Étoiles.
« Juste un homme qui écrit, qui note au jour le jour, De Longvilliers jusqu'au bout de la Bretagne, Un carnet dans la poche et le cœur en campagne. »
Il me faut désormais aborder le travail. Non point comme une servitude ou une contrainte subie, mais bien comme une passion : le terme s'impose, et il est le seul qui convienne.
Au sein de l'entreprise Jean Lefebvre, mon père avait fait ses débuts en qualité de conducteur de chargeuse, un homme aux commandes d'un engin manœuvrant sans relâche du matin au soir, plongé dans la poussière et le fracas des godets. Il aurait pu s'en tenir là trente ans durant, à l'instar de tant d'autres, observation qui ne recèle nulle critique : on occupe un poste, il assure la subsistance du foyer, et l'on ne sollicite rien de plus.
Lui refusa d'y stagner, armé de trois vertus qui ne s'enseignent point sur les bancs de l'école, cette institution même dont il évitait de traverser la chaussée pour la rejoindre : la rigueur d'organisation infaillible, la soif d'apprendre et un courage à toute épreuve.
Il gravit ainsi les échelons l'un après l'autre. Chef d'équipe. Chef de chantier. Puis conducteur de travaux.
De cette période, je ne conserve aucune image de lui à l'ouvrage, n'y ayant point assisté en personne ; mon souvenir se compose exclusivement de sons. Quatre heures du matin. Je demeure plongé dans le sommeil au creux de ma chambre, sous la chaleur de l'édredon, au sein d'une demeure où le froid règne en maître hors des lits. Dehors, dans la cour, le véhicule de service monte en température, les matins d'hiver exigeant de laisser tourner le moteur un moment avant d'entreprendre la route.
J'entends le démarreur, ce raclement rocailleux qui hésite une seconde de trop par les matins de gelée. Puis le moteur trouve sa cadence, ce ronronnement dense qui traverse la muraille, que l'on perçoit autant qu'on l'écoute. Un temps de répit. Le claquement d'une portière. Le grattage d'une raclette sur le pare-brise, vraisemblablement.
Enfin, au terme de ces apprêts, le passage de la marche arrière pour quitter la cour : le sifflement suraigu de la transmission, deux manœuvres successives, puis la sonorité qui s'atténue au fil de la rue pour s'éteindre tout à fait.
Le silence investit de nouveau les lieux. Je me rendors.
C'est peut-être là l'empreinte la plus intime qu'il m'ait léguée : ne point le voir s'éloigner, mais l'entendre. Des années durant, un enfant sut chaque matin, sans même entrouvrir les paupières, que son père s'était dressé avant le reste du monde ; et l'on ne saurait mesurer l'ancrage qu'imprime une telle certitude dans l'esprit d'un jeune être : cela ne se formule pas, cela s'infuse.
Le soir venu, il regagnait le foyer tardivement. L'hiver, les ténèbres étaient installées depuis longtemps, mais son labeur ne prenait point fin pour autant : il lui fallait consigner ses rapports quotidiens. Il prenait place à l'extrémité de la table, déployait ses registres et inscrivait le décompte des heures d'équipe, les métrages, les livraisons de matériaux, l'avancement de l'ouvrage et les imprévus du jour, prolongeant sa tâche jusqu'à dix heures, onze heures, parfois minuit, tandis que la maison s'assombrissait autour de lui. L'été, il effectuait au préalable une inspection du potager avant d'empoigner son stylo.
Un homme debout dès quatre heures qui trace encore des lignes au cœur de la nuit : j'ai contemplé ce spectacle tout au long de mon enfance en m'imaginant qu'il s'agissait là du cours naturel des choses.
Ma grand-mère ne s’asseyait jamais dans son fauteuil.
Elle s’asseyait sur son bras. Le bras droit, toujours, tout près de sa cuisinière à bois. Comme si elle n’était jamais tout à fait installée. Comme si, à chaque instant, elle pouvait se lever pour quelqu’un.
Moi, je prenais une chaise et je m’asseyais près d’elle, de trois quarts, le dos à la fenêtre. La lumière du dehors passait par-dessus mon épaule et venait se poser sur elle.
Nous avons parlé ainsi pendant des heures. Des après-midi entiers, je crois. Je ne me souviens plus de tout ce que nous nous sommes dit. Mais je me souviens de la place de chacun, de la chaleur de la cuisinière, et du temps qui ne pressait pas.
Elle portait toujours une blouse. Souvent à petites fleurs bleues.
Une blouse, comme à l’école. Je ne l’ai compris que bien plus tard : les deux endroits où je me sentais le plus à l’abri avaient la même tenue.
Quand j’arrivais, je l’embrassais pour lui dire bonjour. Son parfum restait sur mes lèvres, puis se répandait doucement dans ma bouche. Ce n’était pas bon. Mais ce n’était pas désagréable non plus. C’était elle. Aujourd’hui encore, je crois que je le reconnaîtrais entre mille.
Après quelques minutes, elle se levait. Elle prenait la cafetière qui attendait sur le feu et se servait une tasse. Toujours la même. Une petite tasse de faïence, fragile, avec des fleurs, comme on en faisait alors.
Puis elle se tournait vers moi.
« Ter, un petit verre de limonade ? »
Ter, c’était moi. C’était le nom qu’elle m’avait donné, et personne d’autre ne m’appelait ainsi.
Alors nous buvions, elle son café, moi ma limonade, et la conversation reprenait là où nous l’avions laissée.
Parfois, nous riions tellement qu’elle ponctuait son rire d’une petite phrase, dans son patois :
« Min pauv’ Ter ! »
Mon pauvre Ter. Mais il n’y avait rien de triste là-dedans. Elle ne me plaignait pas. Elle voulait dire : ah, si tu avais vu… si tu avais connu… qu’est-ce que tu aurais ri.
C’était une porte entrouverte sur un monde qu’elle avait vécu et que je n’avais pas connu. Un monde où mon père était un petit garçon aux doigts tachés d’encre. Elle racontait, et moi j’écoutais.
Aujourd’hui, c’est moi qui raconte. Et vous, peut-être, vous écoutez d’une oreille, comme on écoute les histoires d’un autre temps. C’est bien ainsi.
Mais si un jour, en lisant ces lignes, vous souriez sans savoir pourquoi, alors c’est que Léandre vous aura dit, à vous aussi, à travers moi :
Min pauv’ Ter si vous aviez vu… si vous aviez connu… Min pauv’ Ter.
J’ai été baptisé. J’ai fait ma première communion, puis ma profession de foi. J’ai été enfant de chœur, et pendant trois ans, chaque mercredi, je suis allé au catéchisme. On m’a raconté Abraham, Moïse, David, les prophètes, Jésus, les apôtres. J’ai entendu ces histoires, je les ai répétées, je les ai servies à l’autel.
Et pourtant, des années plus tard, tout est resté mélangé. Je sais que Moïse a reçu les Tables de la Loi, que David a vaincu Goliath, que Jésus est mort sur la croix. Mais dans quel ordre ? Qui vivait quand ? Pourquoi passe-t-on d’un Dieu qui punit à un Dieu qui pardonne ? Ce qu’on m’a transmis ressemble à un album de photos tombé par terre : de belles images, mais plus de fil.
J’ai écrit ce livre pour remettre de l’ordre. D’abord pour moi, et peut-être pour vous, si vous avez grandi comme moi avec ces récits sans jamais en avoir eu la carte.
Car la Bible n’est pas un livre. C’est une bibliothèque. Récits, poèmes, lois, lettres, chroniques : des dizaines d’auteurs, souvent anonymes, l’ont écrite, recopiée et parfois réécrite sur plus de mille ans. Pour la comprendre, il faut la remettre dans l’ordre de l’histoire.
C’est ce que je vous propose : suivre le fil, du nomade Abraham jusqu’aux premières communautés chrétiennes. Chaque chapitre répond à une seule question. Une question, une étape, et le paysage s’éclaire peu à peu.
Il faut dire une chose honnêtement dès le départ : on peut lire cette histoire de deux façons. Le croyant y voit une révélation progressive, Dieu se faisant connaître pas à pas jusqu’au Christ. L’historien y voit des textes nés de leur époque, marqués par les guerres, les exils et les espérances d’un peuple. Ces deux regards ne s’excluent pas, mais ils ne disent pas la même chose. Des encadrés « Ce qu’on sait / Ce qu’on croit » les distingueront tout au long du livre.
Ce livre ne cherche ni à convaincre ni à démolir. Il cherche à rendre lisible un chemin que j’ai suivi enfant sans en voir le tracé, et qui a façonné, qu’on soit croyant ou non, une grande part de notre culture.
Chapitre 1 · Un nomade quitte Ur : l’appel et le départ
Selon la Bible, Abram vit d’abord à Ur, une grande cité de Mésopotamie, dans l’actuel Irak. Sa famille remonte ensuite vers Harran, au nord, avec ses troupeaux. Le récit le situe, selon la tradition, vers 1800 avant notre ère.
Un jour, Dieu lui parle : « Quitte ton pays, ta famille et la maison de ton père, pour le pays que je te montrerai. » Abram a soixante-quinze ans. Il part sans savoir où il va, avec sa femme Saraï, son neveu Loth, ses serviteurs et ses bêtes.
Ce départ est le geste fondateur. Dans le monde d’alors, chaque peuple, chaque ville a ses dieux, attachés à un lieu. Le Dieu d’Abram, lui, ne reste pas dans un temple : il marche avec celui qui lui fait confiance. La foi commence ici comme un voyage, pas comme une doctrine.
Abram arrive en Canaan, une bande de terre entre la Méditerranée et le Jourdain, qui correspond à peu près à l’Israël et à la Palestine d’aujourd’hui. Il y vit en étranger, sous la tente, de pâturage en pâturage.
Ce fut ce silence qu’elle remarqua d’abord.
Un silence qui n’était pas celui de la maison vide. Plus dense. Plus attentif. Comme lorsqu’on entre dans une pièce et qu’on devine, sans l’avoir encore vu, que quelqu’un s’y trouve déjà.
Elle leva les yeux.
La lumière avait changé. Elle ne venait plus seulement de la porte ; elle était là, dans la pièce, posée sur toutes choses à la fois : la jarre, le métier à tisser, la natte, ses propres mains. Une clarté sans éclat, qui ne brûlait pas et ne faisait pas d’ombre. Et au cœur de cette clarté, quelqu’un.
Marie ne sut jamais décrire ce qu’elle vit. Plus tard, quand on le lui demanderait, elle répondrait seulement qu’il était là, et que sa présence était douce.
— Réjouis-toi, toi qui as reçu la grâce. Le Seigneur est avec toi.
La voix ne résonnait pas dans la pièce. Elle résonnait en elle.
Marie posa lentement son ouvrage sur ses genoux. Elle n’avait pas peur, pas exactement. Mais son cœur battait fort, et une question montait en elle, simple, presque enfantine : pourquoi moi ? Que signifiait une telle salutation, adressée à une fille de Nazareth qui reprisait des tuniques ?
— Ne crains pas, Marie. Tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Il prononça son nom. Elle ne l’avait jamais entendu dit ainsi, avec tant de tendresse et tant de respect à la fois, comme si ce nom avait été attendu depuis toujours.
Alors il parla d’un enfant. D’un fils qu’elle concevrait et mettrait au monde, et qu’elle appellerait Jésus. Il serait grand. On l’appellerait Fils du Très-Haut. Il recevrait le trône de David, son père, et son règne n’aurait pas de fin.
Les mots tombaient en elle comme la pluie sur une terre sèche. Elle reconnaissait des phrases entendues à la synagogue, des promesses répétées depuis des siècles par des voix fatiguées d’attendre. Et voilà qu’elles prenaient chair, ici, dans cette pièce aux murs de pierre.
Elle ne douta pas. Mais elle ne comprenait pas tout, et elle était trop droite pour faire semblant.
— Comment cela se fera-t-il ? Je ne suis encore à aucun homme.
Il n’y avait pas de défi dans sa voix. Seulement le désir de savoir comment obéir.
L’envoyé sembla sourire.
— L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’enfant sera saint, et on l’appellera Fils de Dieu.
Puis il parla d’Élisabeth, sa parente, la femme âgée qu’on disait stérile et qui, contre toute attente, portait un enfant depuis six mois.
— Car rien n’est impossible à Dieu.
Le silence revint. Un silence immense, où il sembla à Marie que le monde entier se tenait immobile. Les oiseaux sur le toit. Le vent dans les oliviers. Les étoiles derrière le jour. Tout attendait.
Elle pensa à Joseph. À sa mère. À ce qu’on dirait au village. Elle pensa à tout cela en un instant, et elle le déposa.
Puis elle se leva, et elle répondit comme elle répondait au ciel depuis toujours, sur son toit, sans savoir qui l’écoutait :
— Me voici. Je suis la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta parole.
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Rien n’avait changé. Et rien ne serait plus jamais pareil.
Ce livre n’est ni un programme électoral, ni une tribune partisane. C’est un constat. Et c’est, surtout, un plan de bataille.
Depuis des décennies, nous regardons notre pays s’enliser dans un théâtre politique dont nous ne sommes plus que les spectateurs, souvent fatigués, parfois révoltés. Nous voyons les mêmes visages défiler, les mêmes promesses s’évaporer dès le soir de l’élection, et la même indécence — celle des privilèges affichés pendant que le pays se serre la ceinture — s’installer au sommet de l’État. La politique est devenue une carrière, un métier, une rente. Elle a cessé d’être ce pour quoi elle est faite : un service, au sens où l’entend un soldat.
En tant qu’ancien militaire, j’ai appris une règle simple : la loyauté ne se demande pas, elle se mérite. Elle se mérite par l’exemple, par le sacrifice, et par la compétence. Or, que voyons-nous aujourd’hui ? Une caste qui s’est extraite de la réalité, qui vit dans le confort des privilèges pendant que le « pays réel » — celui qui travaille, qui peine, qui élève ses enfants avec angoisse pour leur futur — s’enfonce dans une précarité silencieuse. Le contrat entre le peuple et ses représentants a été rompu. Nous ne sommes plus en démocratie de décision, nous sommes dans une démocratie d’apparat.
Ce livre est né d’une conviction : le système n’est pas « en panne ». Il fonctionne exactement comme il a été conçu : pour protéger ceux qui sont dedans contre ceux qui sont dehors.
Pour changer cela, il ne suffit pas de changer d’hommes. Il faut changer les règles. Il faut passer d’une République de privilèges à une République de Mission.
Une phrase que ce livre refuse d’écrire
Je rends beaucoup de pouvoir au peuple dans les pages qui suivent : le référendum, la révocation, la décision locale. Je dois donc dire tout de suite ce que je refuse, car d’autres proposeront des choses qui ressembleront superficiellement aux miennes.
Un homme peut recevoir un mandat du peuple. Il n’en devient jamais le propriétaire. « J’ai été élu par le peuple, donc je suis le peuple » est la phrase par laquelle toutes les démocraties meurent, et aucune des règles de ce livre ne doit pouvoir servir à la prononcer.
Ce que je demande au lecteur
Ce « Cahier d’un citoyen » n’est pas une réflexion abstraite. C’est une architecture. C’est une base de travail pour tous ceux qui, comme moi, pensent que nos enfants méritent mieux qu’un héritage en ruine.
Je ne suis ni juriste, ni constitutionnaliste. Je suis un ancien militaire qui a appris qu’une mission se prépare, s’exécute et se rend. Ce texte contient sans doute des erreurs. Je préfère qu’on me les montre plutôt qu’on m’applaudisse.
La question n’est plus de savoir si nous devons changer de système. La question est de savoir si nous avons encore le courage de l’exiger.