La Lampe et le Phare Walter Bridenne

Premières & hommages

Ceux qui comptent

Ici, je partage mes toutes dernières chansons, mes dernières vidéos, et parfois un hommage à ceux qui ont compté.

Portrait de Jeannine Coutey

En mémoire

Jeannine Coutey

1933 – 2026

Quand je suis entré dans la famille, Jeannine m'a accueilli avec une chaleur que je n'ai jamais oubliée. J'avais pour elle une profonde estime.

J'aimais sa façon de parler, posée et délicate. Avec elle, on pouvait discuter de tout. Je garde précieusement le souvenir de nos petits déjeuners, quand elle était chez nous : ces moments du matin, seuls tous les deux, qui n'appartenaient qu'à nous.

Elle était une petite femme, mais elle avait les idées bien arrêtées. Nos discussions étaient parfois un peu houleuses, mais jamais il n'en restait la moindre rancune.

Je lui avais promis de l'emmener voir la Bretagne. Je n'ai pas pu tenir cette promesse. Cette chanson, je la lui dédie.

Walter
Pour Jeannine Souffrir et partir Paroles et mélodie : Walter Bridenne
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Les paroles, et ce qu'elles veulent dire

Souffrir et partir

Les paroles de cette chanson me sont venues sur la route du retour vers Ploumagoar, après être allé voir Jeannine au Havre. Ce jour-là, j'avais ressenti que c'était la dernière fois.

Elle parle de la souffrance de ceux qui partent, et de ceux qui restent à leurs côtés. Elle ne cherche pas à consoler avec de belles phrases : elle dit simplement qu'au bout du chemin, ce qui compte, c'est d'être là.

Couplet 1

Les mains qui tremblent contre les draps, Les voix qui s'éteignent dans la nuit, Ces printemps qui s'en vont déjà Avant d'avoir porté leurs fruits. Ces yeux tendus qui nous implorent, Ce corps épuisé de lutter, Et nous, debout, qui voudrions encore Prendre leur peine et l'emporter.

Tout commence au chevet. Les mains, les voix, le regard de celui qui souffre, et face à lui, ceux qui l'aiment et qui voudraient porter sa douleur à sa place. « Ces printemps qui s'en vont avant d'avoir porté leurs fruits », ce sont toutes les choses qu'on avait encore à vivre ensemble, et qui resteront en suspens.

Refrain

On ne va pas couvrir de fleurs La chair qui souffre et qui cède. On laisse parler la douleur, Sans inventer de faux remèdes. La nuit est là, lourde et brute, Et nul discours ne l'abolit. Mais au plus profond de la lutte, Une main tenue nous unit.

« Couvrir de fleurs », c'est embellir ce qui ne peut pas l'être. La chanson refuse les phrases toutes faites qu'on prononce pour se rassurer. Elle regarde la souffrance en face. Mais il reste une chose que rien n'efface : une main qu'on tient.

Couplet 2

Pas de grands mots pour réparer, Pas de réponse au bord de l'abîme. Juste le droit de s'effondrer Quand la douleur devient intime. Car la lumière ment parfois Quand elle voile les blessures. Il est des peines sans pourquoi, Que rien, jamais, ne transfigure.

Ce couplet donne le droit de pleurer, de ne pas être fort. « La lumière ment parfois » : certaines consolations, trop lumineuses, finissent par nier la peine au lieu de l'accueillir. Il y a des douleurs qui n'ont pas de sens, et il n'est pas nécessaire de leur en trouver un.

Pont

Mais nul ne devrait rester seul Au bord du gouffre qui se creuse. Même au moment du dernier seuil, Une présence demeure précieuse. Rester là, simplement présent, Sans prétendre sauver l'instant. Ne pas fuir, ne pas détourner les yeux, Être là, simplement, à deux.

C'est le cœur de la chanson. Quand on ne peut plus rien réparer, on peut encore être là. Le « dernier seuil », c'est le moment du départ. Personne ne devrait le franchir seul.

Refrain

(reprise)

Outro — presque parlé

Pas de promesses, pas de fausse clarté, Juste un regard posé au fond des yeux. L'amour debout dans la réalité, Un être qui tient, autant qu'il le peut, Pour celui qui souffre, Pour celui qui reste, Pour ce lien fragile Qui résiste au silence.

La fin se dit presque à voix basse. Elle parle aussi de « celui qui reste ». Le lien ne s'arrête pas avec le dernier souffle : il continue, fragile, dans le silence de ceux qui restent.

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